Juliette est l'une des créations shakespeariennes qui cristallisent les rêves de hommes : elle unit beauté, amour et malheur. L'histoire des amants de Vérone retracée en cinq journées donne a voir en accéléré la vie de l'héroïne.
I - La jeune fille.
Fleuron de la société aristocratique, Juliette semble promise à tous les bonheurs. S lui donne une épaisseur psychologique : la scène du sevrage, racontée par la Nourrice, jette la lumière sur une petite fille de trois ans, vive et décidée. Cette analepse sur le mode comique se veut augurale. La nourrice et Capulet soulignent l'âge de Juliette : ces quatorze ans paraissent liminaires, comme un seuil difficile a franchir. Par la métaphore de la fleur, dont Capulet craint "qu'elle se fane trop vite ", Juliette appartient au rythme cyclique des saisons : fille de juillet, elle a touché à sa plénitude. "La gelée précoce" l'atteindra pour l'ensevelir, telle Perséphone, au sein de la terre.
II - L'amante.
Lorsque Juliette paraît, sa mère veut l'entretenir de mariage, ce dont elle "ne rêve pas encore" (I,3,v 66). 0 la proposition d'une union avec Pâris, Juliette fait une réponse énigmatique : "Je verrai à l'aimer, si voir peut faire aimer " (I, 3, v.97). Dès que Roméo s'adresse à elle, Juliette est accordée à l'élévation spirituelle du sonnet. Quand elle demande le nom de cet inconnu, le dilemme s'empare de sa vie : ce sera Roméo ou la mort. Puis elle vit dans l'attente, qui se décline de l'impatience (II,4) à la gravité (III,2). La perte de la virginité s'apparente pour elle à un jeu : "Apprends-moi à jouer à qui perd gagne cette partie" (III,2,v.12). En les faisant se séparer le matin, S bannit le quotidien de la vie des amants. Transparence et obstacle, la fenêtre qui a uni leurs rêves et désuni leurs corps devient métonymie du couple.
III - L'héroïne.
Juliette pressent le malheur qui menace son amant :"[...] Tu es comme un mort au fond d'une tombe" (III,5,v.56). Roméo parti, c'est sur elle que la situation se resserre en raison d'un mariage avec Pâris prévu le jeudi. Juliette ne peur ni renier son union, ni se marier deux fois sous peine de se damner. Il suffirait d'avouer, mais parler semble impossible. Son but est de sauvegarder sa pureté et sa fidélité. Elle prouve à Frère Laurent qu'au nom de cet idéal, elle est capable d'endurer toutes les peines jusqu'à entrer vivante dans le monde des morts. Juliette passe de la fragilité de l'enfance à la détermination d'une héroïne tragique. Si, dans la tragédie grecque, Iphigénie garde la vulnérabilité de l'innocence et Antigone se construit déjà dans l'opposition, Juliette se modifie sous les yeux du spectateur. L'amour et le malheur la font mûrir et, la rende impérissable.
Merci à Lilas de m'avoir fait remarquer que je racontais des bêtises.